MÉLISSA LAVEAUX
“À 6 ans je voulais faire du piano comme les filles cool de ma classe. Comme elles étaient aussi italiennes, j’ai dû choisir entre l’italien et le piano ! J‘ai choisi le piano.” Bien lui en a pris.
Trésor canadien d’origine haïtienne, Mélissa grandit à Ottawa (Ontario). La soif brûlante de création de la gamine se heurte alors à la glaciale capitale. Déjà un peu ailleurs, elle se réchauffe le bout des doigts en apprennant seule la guitare à 13 ans. En fond sonore, “les vinyls de jazz haïtien de mes parents, avec un son bien pourri mais incroyable”, ceux-là même qui parsemeront plus tard sa musique d’éclats de créolité. Et des grandes dames: Billie, Nina, Aretha bien sûr, mais aussi Césaria Evora, Joni Mitchell.
Dix ans plus tard, en 2007, son diplôme d’”éthique et société” en poche et la Bourse Jeunes Talents Lagardère sous le bras, Mélissa débarque à Paris et signe chez No Format. Elle a alors 23 ans et sort son premier album, Camphor & Cooper. Depuis, elle a écumé l’Europe, croisé la route de Feist, Rokia Traoré ou Mocky et son parcours laisse derrière elle une trainée de poudre de jais précieux.
Cette fièvre brûlante de gemme organique, c’est la marque de Mélissa. Une maturité désarmante pour 27 ans. Une force pleine, instantanement adoucie par quelques hesitations, un doute qui fait briller les yeux de celle qui se verrait bien chanter planquée derrière un rideau. Trop d’assurance aurait nuit à sa beauté, cette très légère fêlure est la nuance qu’il fallait pour installer Mélissa tout près de ces divas qui l’ont inflencée et qui, pour la plupart, avaient le coeur brisé.
Comment se définirait-elle ? “ Crue, toujours en développement, je viens sur scène livrer mon journal de bord.” Elle a une générosité et une parole sans filtre ni coqueterie, les yeux brillants d’intelligence alerte. Également auteure et compositeur, sa musique déroule des rythmes doucement entêtants où contrebasse et percussions se répondent en élans mats trempés de folk, blues et soul.
Mais Mélissa c’est avant tout une voix cuivrée, profonde, somptueux passeur de vertiges émotionels voilés. Celle d’une grande dame. Comme Billie, Nina, Aretha, bien sûr…
Anouk Brissac